Ils avaient envahi le Vieux-Port très tôt, en commençant par le quai de l'horloge. Peut-être parce que les feux d'artifices les attiraient tout particulièrement. Maintenant, ils était partout, sur tous les quais, partout sur les pelouses et les promenades, même à l'intérieur du Centre des Sciences.
Je réussis à me faufiller sans me faire remarquer pour aller rejoindre la voiture, stationnée au dernier quai à l'ouest du site, le plus éloignée des feux et du cirque et, par conséquent, le plus éloigné d'Eux. Je pensais pouvoir quitter le site sans trop de problèmes, puisque très peu d'entre eux avaient la capacité mentale d'analyser l'avantage géographique de ce stationnement perdu.
Erreur.
À la barrière de stationnement, pas moyen de sortir. Les douaniers, en quittant le quai, avaient refermé les barrières, laissant ceux qui n'avaient pas de billet pris au piège. J'appuyai frénétiquement sur le bouton de l'interphone. Le mot "aide" écrit dessus semblait me narguer alors que j'entendais la sonnerie résonner à l'infini, personne ne répondant. Derrière moi, je les voyais qui approchaient, lentement, de manière désordonnée, mais bel et bien là.
Soudain, un jeune garçon arborant l'uniforme des quais apparut à mon côté. Sans mot dire, il m'ouvrit la barrière. Je ne demandai pas mon reste et appuyai sur l'accélérateur, lui jetant au passage un regard de compassion alors qu'il se positionnait pour leur faire face. Il savait que ce qui s'en venait ne serait pas de tout repos.
Quant à moi, je ne fis ni une ni deux et fonçai dans les rues du Vieux Montréal, cherchant les rues les plus secrètes, les moins fréquentées, dans l'espoir, futile, de leur échapper au plus vite.
Rien à faire.
Dans toutes les rues avoisinnantes, ils s'étaient répandus, comme une marée à peine humaine. Leur trop grand nombre leur donnait l'allure d'une seule bête, foisonnante, mouvante, dégoulinante, envahissant chaque espace vide, entre les voitures, entre les immeubles. Ils s'entrechoquaient entre eux, n'étant plus, de par leur condition, soumis aux contrains du civisme. Je les voyais déambuler, tout autour, l'air complètement ahuri, désorientés, et l'oeil idiot.
Je coupai par la première rue qui semblait libre. Monter vers le nord, monter encore, plus vite, pour m'éloigner d'Eux.
Horreur.
J'avais oublié que le quartier des spectacles, à cette époque de l'année, était pour eux un endroit idéal pour se répandre.
Rageant contre moi-même, je fouillai ma mémoire pour retrouver mes connaissances sur le centre-ville. Quelle rue? Quelle rue risquait d'être épargnée? Je risquai le tout pour le tout et tournai vers l'ouest, espérant les contourner par la côte du Beaver Hall. Heureusement, cette option s'avéra être la bonne; du moins, jusqu'à René-Lévesque. Là, je constatai l'ampleur de la catastrophe : ils étaient là, partout. Se déplaçant de manière complètement désarticulée, se jetant les uns sur les autres, comme s'ils avaient perdu la vue en même temps que l'esprit, ils s'étendaient sur une distance difficilement estimable. Je soupirai.
Il ne me restait qu'une option : tenter de me mêler à eux et, ce faisant, les leurer jusqu'à ce que j'aie rejoint une zone sécuritaire. C'est ce que je devais faire.
Je m'engageai sur le boulevard, m'immiçant lentement mais sûrement, immitant leur manière et leur attitude. Dans cette foule dense, j'avançais à pas de fourmis, mais j'avançais tout de même. Je repérai parmi la foule ceux qui, comme moi, avait opté pour cette solution extrême. Au coin de la rue Saint-Laurent, l'un de ces derniers perdit la maîtrise de ses nerfs et tenta de s'échapper de la foule dans un crissement de pneu, probablement confiant dans le fait que son véhicule, plus gros et plus versatile, le tirerait de ce pétrin. C'était sans compter sur leurs réflexes, à Eux. Aussitôt, ils se précipitèrent à sa suite, sans même réfléchir, leur cerveau ne répondant plus qu'au besoin primaire de poursuivre celui qui n'était pas des leurs. Quant à moi, je me contentai de secouer la tête en regardant le malheureux pris en embuscade un coin de rue plus loin, en proie à l'assaut de ceux qui l'avaient suivi et des autres qui, plus loin, avait déjà envahi les artères voisines.
J'étais presque dans une semi-transe hypnotique lorsque, plusieurs dizaines de minutes plus tard, je réalisai qu'autour de moi, l'espace s'était vidé. Je regardai derrière; au coin de berri, ils avaient tous bifurqué pour se précipiter vers le nord, vers la rue St-Denis, où les promeneurs sans défense se verraient envahis en moins de 3 secondes. Je respirai profondément et appuyai sur la pédale de l'accélérateur. Devant moi, Amherst m'accueilllait, libre de leur présence.
Je soupirai de joie, juste avant d'en voir deux qui, probablement un peu perdu, s'étaient aventuré jusque là et qui, évidemment, ne possédant les outils intellectuels pour répondre positivement la la présence des feux de circulation, se trouvaient au milieu de l'intersection alors que j'allais m'y engager. À bout de patience, je me contentai de les contourner à toute vitesse, manquant au passage de repeindre ma carrosserie avec leurs entrailles; tant mieux, bon débarras.
En haut du parc Lafontaine, je me trouvai un stationnement, vérifiai qu'aucun d'eux ne m'avait suivi et courrus jusque chez BB. Là, je refermai la porte sur le monde extérieur; je leur avais échappé, jusqu'à demain au moins, lorsque je retournerais travailler.
La grippe H1N1 et moi…
Il y a 3 heures
2 commentaires:
Ouf!
Pendant un moment, j'ai cru qu'ils vous auraient eue!
C'est que vous être très rapide! Bravo!
Soyez prudente, dès que vous remettrez le nez dehors, ils pourraient vous avoir tendu un embuscade...
À moins que votre BB soit l'un d'eux...
Assez épeurant en effet. Heureusement, j'ai la chance de pouvoir vivre à Montréal et éviter le centre-ville.
Enregistrer un commentaire